Dienstag, 21. November 2017 

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Philipp Maurer
Les tentes du mysticisme
Explications sur l´impression graphique de Michael Hedwig


C´est avec esprit de suite que Michael Hedwig développe son thème artistique, l´image de l´homme, en impression graphique. La concentration requise par les moyens de l´impression graphique l´oblige à préciser son énoncé esthétique ; l´impression graphique l´amène à exprimer sa volonté artistique avec grande netteté.


I.

Il y a un peu plus de dix ans, Michael Hedwig a été initié à l´impression à l´Académie des Arts plastiques de Vienne par Wolfgang Buchta, et a en même temps fait l´acquisition d´une presse à imprimerie par hasard. Depuis, il imprime régulièrement. Ce n´est toutefois que maintenant, après s´être penché intensément sur la lithographie à l´atelier Topic-Matutin de Salzbourg avec l´imprimeur Klaus Wilfert, qu´il présente au public son oeuvre d´impression graphique, lithographies et gravures à l´eau-forte. Jusqu´ici, Hedwig avait déjà intégré l´impression graphique à sa peinture, sous forme de « charpente » à ses aquarelles, en retravaillant à la peinture les gravures en noir et blanc, généralement issues d´une seule plaque. Ainsi, il a renforcé la répétition des gestes et de la constellation des personnages, caractérisant également ses tableaux à l´huile ; en étant retravaillés, chaque geste, chaque personnage se voit toutefois conférer un nouveau caractère. Ainsi, dans l´oeuvre de Hedwig, l´impression graphique a déjà fait office de noyau d´une expression diversifiée jusqu´ici.

La lithographie rejoint en grande partie l´intérêt que porte Hedwig au dessin. Ses nouvelles lithographies créées à Salzbourg sont la suite logique de ses dessins, qu´il réalise depuis plus de dix ans dans des noirs et blancs doucement ombrés, avec des structures de trait et une organisation de surface des plus diverses. Le travail avec la pierre, l´utilisation de crayons, pinceaux et craie fournissent de larges possibilités d´expression, le fait d´imprimer superposées les couleurs de quatre à six pierres donne une texture de couleurs si différente des aquarelles ou des tableaux à l´huile. Les lithographie de Hedwig sont plus sévères, plus concentrées, plus disciplinées, plus brutes, d´une certaine manière plus brutales dans leur expression que ses tableaux.
Dans la gravure à l´eau-forte, c´est tout d´abord le matériel même et le travail avec ce dernier qui fascinent Michael Hedwig : rompre les facettes, polir les plaques ont l´aura romantique de l´artisanat ancien, entraînent une phase de méditation, de libération de l´esprit par un travail manuel concentré. Le résultat de la liberté spirituelle est la réalisation de la pensée artistique à partir du matériel et ses propriétés mêmes, une concentration dans le processus dialectique qui ne réussit qu´à condition de rechercher et d´élaborer l´essentiel : une démarche intellectuelle mais aussi méditative, comparable à l´extase mystique, à l´immersion des chamans dans l´ivresse extatique - à la mesure de l´étendue du processus de création artistique.


II.

Les images de corps de Michael Hedwig paraissent au premier abord statiques, au second, toutefois, elles se chargent de mouvements diversifiés et multiples. Sur les tableaux déjà, Hedwig répète des attitudes et gestes qui donnent l´impression d´avoir travaillé avec un stencil. Aussi, Michael Hedwig a fait des « corps à étages », paradigmes de cette ambiguïté dans la réalisation plastique et la dénomination, non entièrement exploitée avec une seule technique, le thème d´une gravure à l´eau-forte. Dans deux rangées, deux étages l´un au dessus de l´autre, se tiennent des corps sans visage ni sexe, réunis par le geste et le contact, enfermés dans un champ de couleur, à qui l´eau-forte donne un aspect de grille ou de filet : les personnes sont debout les unes à côté des autres mais ne semblent pas agir. La gravure de trois plaques montre les personnages et leur manière d´être ensemble dans les pièces. Ils sont là, calmes, contemplatifs, suggérant qu´il doit y avoir là de l´action, de l´énergie, de la convivialité, se figent dans un mouvement dont nous ne saisissons ni le caractère ni le but. Ils se tiennent debout les uns au dessus des autres, entrelacés, contredisant le principe physique selon lequel qu´il ne peut y avoir qu´un corps à la fois à un endroit et à un moment donnés et nous indiquent que ces corps désignent autre chose que l´entité corporelle biologique. Ainsi, la voie est libre pour reconnaître que l´énergie spirituelle dans l´être humain et l´univers, le flux de forces, pensées, sensations, les convictions, idéologies et comportements communs, le culte commun dans la religiosité - le vécu mystique du collectif - forment le thème central de l´art de Michael Hedwig. Cette superposition des personnages, leur fusion, résulte en impression graphique du matériel même, où les différentes impressions sont effectivement placées les unes sur les autres, pouvant être saisies de manière tactile et perçues comme des facettes (pour la gravure).

Les personnages des images actuelles de « Zelte » confèrent aussi l´impression de s´être interrompus dans un mouvement. Hedwig a extrapolé le thème de la tente à partir des champs et surfaces de couleurs de même qu´à partir des petits compartiments dans les tableaux et gravures : jusqu´ici déjà, les personnages des tableaux de Hedwig se tenaient dans des pièces, boîtes, box, caisses, devenant désormais une tente. Avec les grandes configurations de tente, Hedwig ouvre des connotations, s´aventure dans un vaste champ de mots : la tente comme bivouac, camp d´urgence à la suite de catastrophes, domicile de nomades, divertissement de vacances, tente de cirque, tente de fêtes et de la bière ; Hedwig nous suggère également l´association avec la voûte céleste, comme lieu de méditation et de religiosité englobant le monde, lieu d´immersion mystique et d´extase dans les rites des soufis et derviches islamiques, lieu de communion protégé avec la nature. Les tentes de Hedwig sont des lieux de divertissement dignes de Dionysos, des lieux de fête et du sexe, d´orgie, tout comme des lieux du collectif spirituel, se livrant à la communauté et à l´extase mystiques : Hedwig rétablit la totalité du vécu festif, regretté et dénoncé dans notre culture actuelle.

Les personnages sans visage en étroite interaction invitent à un mode de lecture naturaliste, à travers la qualité graphique, qui éveille l´impression d´une reproduction mimétique du monde. Ceci est encore renforcé par la composition, qui établit un espace par des diagonales fortement marquées, contrairement à de nombreux tableaux de Hedwig, qui se limitent entièrement à la surface. En y regardant de plus près, on reconnaît toutefois que les membres ne peuvent pas être attribués aux corps de manière univoque, que des membres manquent à certains corps et inversement des corps à des membres. C´est justement la gravure qui réveille les ombres des membres : les nuances de l´eau-forte gravée à des profondeurs différentes réalisent divers tons de gris, une seconde et troisième plaque, gravées elles aussi à des profondeurs différentes, livrent des valeurs de couleur distinctes. Un exemple marquant en est une main et son ombre sur une gravure « Zelte-Körper ». Les masses énergétiques se pénètrent mutuellement, se superposent, s´influencent, s´échangent.


III.

Les corps entrelacés des gravures de Hedwig rappellent la fameuse plastique de Laokoon, dont Lessing a fait le point de départ de sa réflexion sur les possibilités des arts plastiques et de la littérature. La lisibilité du personnage de Laokoon est donnée pour nous, parce que nous en connaissons l´histoire, son début, sa suite et sa fin. Nous avons également cette connaissance pour beaucoup d´autres histoires et d´actions, nous n´avons par exemple aucun problème à lire le tableau de Bruegel « Retour des chasseurs » : nous connaissons l´action, l´objectif de la marche des chasseurs, son passé et son avenir, de sorte que nous pouvons attribuer de manière univoque les signes du tableau. Il en va autrement des scènes de Hedwig, conformément aux traditions de l´art du 20ème siècle : nos associations ne sauraient être que des approches individuelles.

Quand nous réfléchissons toutefois à l´appartenance ou à la non-appartenance des membres des gravures de Hedwig aux différents corps, quand nous voulons lire les différentes mains ou pieds comme les serpents de Poséidon qui se tordent autour de Laokoon et de ses fils, nous reconnaissons qu´il ne s´agit pas ici d´une reproduction mimétique du monde, pas plus que d´un moment d´une histoire, mais de ce que chaque artiste fait de la concentration créative de l´histoire à l´instant, pour être interprété par le spectateur : de choses spirituelles, de la représentation de corps comme idée, d´expression de l´âme. Les gravures de Michael Hedwig nous montrent l´entrelacement dans une situation, dans une connexité de la vie. Peut-être faut-il lire cela comme le fait d´être captif d´un filet, comme l´obligation de vivre sous le même toit, dans le même monde. Mais à travers la légèreté du dessin, l´allégresse et le caractère festif qui transparaissent, l´ambiance érotique de base des images, Michael Hedwig nous suggère le fait d´être en sécurité dans la situation de tente, de ne pas devoir vivre la vie « sans filet » et en solitaire, d´être protégé sous le même toit. Une joie de vivre digne de Dionysos domine et refoule la peur et l´incertitude, permet aux êtres humains encore en butte à la nature « Dans les Alpes » de trouver abri, sécurité et points communs spirituels et mystiques dans les tentes.


Traduction: Mag. Carmina Carda

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